18 septembre 2011

Un mot sur June

[Écrit initialement le 3 septembre]

Je me hâte d'écrire car tout ça finira en larmes de dépit, ou malédictions, mépris, médiocrité, rancoeur ; fin des affects, « ce fut une expérience intéressante »... en attendant, bien plus que le vrai, le probable ou le presque sûr, le Beau mérite un peu de réalité.

 

Les flux énergétiques qui me traversent de part en part se font désormais plus délicats, plus respectueux de mes limites corporelles ; moins brutaux, transperçants. Ils continuent de m'ébranler quand même, assauts incessants d'une mer cruelle et inconsciente. Il n'empêche que je procède encore avec les autres par identification plutôt que par empathie (c'est un problème).

 

« Nous devenons ce que nous aimons. » J'ai toujours voulu être, aux larmes, les types que je fantasmais... hélas.

 

Est-ce qu'il m'a déjà vue marcher ?

Mes cheveux sont toujours bien longs, bien blonds.

Bras croisés, le regard de mes 5 ans...

cheveux longs

blonds

mes yeux.

Qui m'a déjà vue marcher ?

Dieu, seul savant, fera que vos yeux se dessillent. Regardez-moi marcher.

 

Elle l'aimait véritablement, Elle l'a aimé encore bien après. Et malgré tout Elle l'a quitté !? Je tape du poing sur la table : « Mais c'est pas juste ! » Seigneur, quelle douleur !

(Vous emballez pas, y'a pas de table chez June, c'est une image.) Je lui en veux beaucoup : il m'oblige à l'aimer, il m'interdit de l'aimer. Quels que soient mes sentiments, ils sont non seulement en conflit entre eux (rien que de très fréquent) mais aussi et surtout avec ce que je souhaite.

 

En outre, il y a chez moi une espèce de pulsion physique débile qui exige sans patience que l'injustice soit réparée, la douleur soulagée, même quand je n'ai rien à voir dans une histoire qui n'est pas la mienne. Que faire ? Je prie pour son salut ; et le mien, borel ?

 

Lui aime encore. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Aime, aime. Pouls : 60 bpm au repos. Et quand le manque : 80, 90 ?

Faites que j'aime à nouveau.

(Aime, aime.)

Faites que j'aime à nouveau !

 

Comment / pourquoi est-ce qu'on s'arrête un jour, d'ailleurs ? Grégoire : il y eut un jour, on s'est rencontrés, il y eut un soleil couchant sur les calanques ; il y eut une droite euclidienne, blanche et joyeuse, qui reliait nos deux cerveaux, les seuls sur Terre de leur espèce. Après le jour, progressivement /rapidement vint cette nuit où je pleurai de joie de me dire que, pour la première fois de mon existence, je n'étais plus seule. On était au printemps, l'air sentait bon, me réservait des journées divines... Puis ce fut nous, nos chats, l'appartement blanc, la seule Communauté qui ait jamais existé. Le déménagement sacré au jour de Samhain, l'hiver enneigé, la fête des Lumières. Je suis incapable de voir les choses rationnellement... Bien sûr, il se passe des trucs, il y a des éléments qui font qu'un amour ne dure pas : le bordel, la paresse, la routine, puis les poubelles s'amoncellent qui n'ont rien de grunge ; je m'en fous. Je reste dans la poésie de l'ignorance, de l'évanouissement des sentiments ; ça sert à rien, mais c'est beau et ça me fait verser des larmes de nostalgie : alors ça vaut le coup, forcément.

 

(La folie existe et c'est une imbécile.)

 

Un soir, nous discutions, avec Ruben. Ruben, j'avais projeté de m'en faire un ami, au lieu de quoi il a dû rejoindre la liste des bienheureux que j'ai éconduits ; bienheureux d'avoir perçu ma grâce, celle qui transcende ma peau acnéique et conceptuellement épilée pour diffuser en ondes puissantes et douces jusqu'au cœur des hommes sensibles ; bienheureux de n'avoir pas connu, et d'ignorer pour le restant de leurs jours, mes terreurs, ma dépression chronique, mon agressivité anaclitique, mon oralité dévorante en mal de raclette. Or donc, je vous retranscris notre dialogue d'une haute teneur intellectuelle :

Lui : C'est énervant de pas avoir toujours ce qu'on veut.

Moi : Oui mais quelque part, c'est bien aussi, c'est ce qui fait qu'on a envie des choses.

Lui : Hm, non.

Moi : Ben si.

Lui : Non, non.

Moi : Si on était tout le temps satisfaits, on n'aurait plus envie de rien !

Lui : Oui mais des fois c'est pas juste.

Ça m'énerve de m'en foutre à ce point, sincèrement, et ça me pose un véritable problème moral.

 

Oh mon Dieu, explose mon cœur (minuscule) et surtout, dévaste ma parole infirme.

 

Je prie pour le salut de June – mais que reste-t-il à sauver au juste ? Le moindre centimètre carré de ses organes a été pulvérisé, sa chair démembrée par la douleur de l'absence ; c'est à se demander par quel miracle les bras tiennent encore au buste.

 

Je connais finalement bien peu de la vie, de la mort. L'espace m'est familier plutôt que le temps : il y a l'extase qui me dévaste, me dilue, m'emplit, et déborde, horizontale, jusque bien après NGC1976 ; la douleur, qui me creuse une abysse maritime dont personne, moi comprise, ne sait rien ; le poudroiement doré de beauté manifeste qui auréole les bâtiments et les feuilles mortes sur le chemin de mon lycée (je suis jeune alors) ; les bosquets verts et moqueurs où l'on ne peut que rire nerveusement devant la présence féérique, à défaut d'avoir jamais appris, dans nos sociétés handicapées, comment réagir autrement ; je connais bien l'espace. Tout ce que je sais du temps, c'est : les saisons, la nostalgie, l'envie de suicide. Il m'a forcée à regarder la mort, la vraie. Je ne peux rien en dire.

 

Où est Laurent ? Nantes, toujours ? Tu vas bien ?

Posté par Brenna à 17:56 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Un mot sur June

    Commentaire

    Salut,

    J’ai un peu hésité à poster ce message, de peur, je crois,d’être à côté de la plaque ... ou non, plus exactement de peur de la ramener à un moment où il aurait peut-être mieux valu lire et de se la fermer respectueusement. Oui, c’est une habitude chez de moi de me prendre la tête quant à la bonne attitude à adopter avec les gens...

    J’avoue que par manque de contexte, je ne saisis pas toutes les implications de ton texte, même si j’arrive à en resituer et à en comprendre une partie… Mais à défaut de tout comprendre, en tout cas j’aime beaucoup le style… Je vais peut-être avoir l’air con de dire ça, mais je trouve qu’il y a une vraie poésie dans la façon dont tu retranscris tes ressentis… En tout cas j'apprécie le lyrisme qui s’en dégage.

    Au plaisir de te lire…

    Fred

    Posté par Shadowking, 20 septembre 2011 à 22:40 | | Répondre
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